Armakan
Grand Maître Jouteur
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Charles Péguy
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J’aimerais savoir ce qu’il se passe dans la tête d’un con. Pas toi, Charles ?
Encore faut-il encore préciser ce que l’on entend par « con ». Chacun sa définition. C’est une affaire personnelle, de circonstances et d’humeur.
Pour certains d’entre eux, la vie nous offre l’occasion de mieux les connaître. Soit ils deviennent moins cons, voire plus du tout, soit c’est la triste confirmation. Notre passage sur terre nous laisse rarement le temps d’explorer celle ou celui déclaré comme tel par notre auguste personne. Soyons honnêtes, nous ne nous foulons pas trop à vérifier si le con est con. Cela demande du temps, de l’attention, et risque de remettre en cause notre jugement premier — chose désagréable. Alors, à nos yeux, un con reste un con, c’est plus facile, radical et rassurant. Nous conservons notre supériorité.
Se pose une autre question : sa tolérance au con, qu’il soit croisé dans sa vie personnelle ou professionnelle. Pour ma part, ceux rencontrés dans ma vie privée, je les évite, les ignore, les oublie. Dans la vie professionnelle, ce n’est plus la même histoire. Il faut les supporter, ne pas se laisser envahir par l’agacement ou la colère et faire en sorte qu’ils ne nous pourrissent pas l’existence.
Attends Charles, une dernière question émerge : quel remède choisir pour vivre serein et heureux au milieu des cons ? J’ai un truc, un traitement naturel, enfin presque.
L’idée m’en est venue il y a plus de vingt ans grâce à un ami, Serge. Un cœur d’artichaut. Il tombe amoureux deux à trois fois par an et se brise le cœur d’autant. Pour survivre, il a conçu un processus de deuil qu’il applique à chaque rupture. Il brûle une bougie, la regarde se consumer, éteindre son amour au rythme de la cire s’écoulant pour ne former qu’un tas difforme. Le signe d’adieu de l’être aimé rendu au cimetière des souvenirs.
Alors moi, une fois par an, j’occis un con ! Il paie pour tous les autres et me permet de supporter les suivants. C’est toute une organisation et je dois entrer dans le détail pour que tu comprennes la force de mon processus de deuil pour rester zen. Veux-tu le savoir ?
Je le flingue, je t'explique. J’opère en trois temps. Premier temps : établir une liste des cinq plus cons avant les congés estivaux. Ceux rencontrés au boulot entre septembre et mai. Deuxième temps : j’étudie les profils et je me renseigne sur leurs vacances d’été. Je cale mes congés sur ceux de l’heureux élu et les prends au même lieu. Troisième temps : je le suis comme son ombre durant cette période afin de définir le moment et l’endroit pour le buter et ainsi clore le processus. Je n’ai jamais échoué. Je ne me suis jamais fait attraper. J’ai des dons naturels et puis mon père a exercé ses talents dans la police toute sa vie. Il n’a cessé de me raconter ses enquêtes. Je continue à me former en lisant des ouvrages sur le sujet. Soyons professionnels.