Armakan
Grand Maître Jouteur
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Guy de Maupassant · iA
Grand Maître Jouteur
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J’étais là avec mon flingue qu’un flic m’avait donné quelques instants auparavant. Il se mourrait, le sang aux lèvres, et dans un dernier sursaut de vie m’avait lancé en me tendant son arme : « Prends-la et rentre dans cette pièce ! ».
J’avais obéi bêtement, par réaction et non par réflexion et maintenant je me trouvais face à un type assis sur une chaise, un pistolet dans sa main, le canon contre sa tempe.
Encore une fois, j’ai obéi par réaction et non par réflexion. Les bruits dans le couloir me rassuraient, j’imaginais les secours arriver et me délivrer de cette situation affreuse. Je ne savais que faire de mon arme et lâchement je la posais au sol. Puis, je m’approchais et me penchais pour lire la dernière ligne du registre.
La dernière ligne portait mon nom, écrit d’une main nette, avec la date du jour et ces mots : « Complice désigné par le témoin. » Je restai sans voix. L’homme eut un pâle sourire. « Vous voyez, dit-il, il n’a pas menti. Il suffit d’un uniforme, d’un cri, d’un peu de sang, et l’on devient coupable. » Les pas dans le couloir s’arrêtèrent. La porte s’ouvrit brusquement, et deux agents parurent, le visage fermé. L’un d’eux regarda d’abord le cadavre du flic, puis moi, puis le pistolet à terre. Il n’eut pas besoin d’explication. Dans ces affaires, la vérité arrive toujours trop tard pour servir quelqu’un. Le petit homme se laissa retomber sur sa chaise. « Emmenez-le », dit-il. Alors je compris que les secours n’étaient pas venus pour moi.
Je ne résistais pas et pendant que les agents me menottaient je regardais le sourire mauvais qu’arborait ce petit homme au complet poussiéreux toujours assis. Il avait dissimulé son arme. J’allais hurler ma colère et à la manipulation lorsqu’un cri de femme déchira l’atmosphère. Je réussis à me contorsionner pour me retourner et voir ma jeune amante allongée près du corps du flic qui m’avait donné son pistolet. Elle vivait à l’étage au-dessus et c’est en me rendant chez elle que je fis cette halte forcée. « papa » criait-elle, « papa, ne meurs pas ».
Cette fois-ci je réfléchis avant d’agir. J’étais victime d’un coup monté. Elle m’avait souvent parlé de son père, un type d’une jalousie maladive autant pour sa mère que pour elle, sa fille unique. Il était inspecteur de police et il avait dû découvrir notre relation. Nous avions vingt d’écart, nous nous aimions et cela l’avait rendu dingue au point de fomenter ce stratagème pour m’éloigner de sa fille adorée. Je repris confiance en moi, la blessure de son père ne devait pas être très grave. J’arriverais bien à démontrer mon innocence lors de l’enquête. C’est alors qu’elle leva son beau visage vers moi et m’envoya une insulte que je reçus comme une balle : « Assassin, maudit es-tu ! »
Cette fois-ci, je réfléchissais. Je ne ressentais plus aucune émotion, comme par un réflexe de survie mon cerveau, mon corps s’étaient détachés de tout sentiment. Fuir confirmerait ma culpabilité. Me laisser faire me condamnerait définitivement. Il ne me restait plus qu’à tous les tuer, mais comment ?
Il ne rigola pas longtemps, je lui tirai une balle dans la tête. J’étais devenu un démon, une bête traquée, ou simplement un homme qui, une ultime fois, poussée par l’adrénaline de la survie, voulait respirer une dernière goulée d’air. J’étais dans une sorte d’extralucidité, je voyais tout, j’anticipais tout avant même que les policiers ne réagissent. Je les tuais un par un, mécaniquement, puis ce fut le tour d’Helena. Ses yeux me dévoraient de peur, à genoux elle ne priait pas, mais espérait être une petite chose que l’on ne remarque pas. Je pointais le canon du pistolet entre ses yeux. Je tirai, mais le barillet était vide.